Vous êtes ici : Version françaiseActivités

Retour sur un séjour franco-japonais par Véronique Castellotti

Professeure invitée à l'Université de Kyoto, du 01.03.09 au 30.06.09, je reviens brièvement sur quelques impressions générales tirées de cette expérience.

Il me faut tout d'abord remercier l'université de Kyoto, et en particulier l'Ecole doctorale des Etudes sur l'homme et l'environnement, qui m'a accueillie comme professeure invitée pendant ces quatre mois. Toute ma gratitude va, plus concrètement, aux collègues qui ont été à l'origine de cette invitation et qui m'ont, tout au long de cette période, très amicalement facilité le séjour, sur le plan professionnel et personnel : NISHIYAMA Noriyuki et OHKI Mitsuru.

Je dois aussi remercier toutes les autres personnes, enseignants, étudiants, responsables d'institutions, traducteurs, amis, ... que j'ai rencontrés, avec qui j'ai échangé, et qui ont rendu mon séjour agréable, enrichissant, drôle parfois, stimulant toujours.

Si je tente de revenir très brièvement sur ce séjour, je pourrais dire que ce qui m'a le plus frappée de prime abord, c'est sans doute la construction ethno-sociale de la différence,  et si je devais choisir un seul mot pour résumer mon sentiment face à ce que représente pour moi le Japon après cette expérience de 4 mois, ce serait le mot « uniforme ». 

Les uniformes, on les voit partout : de nombreux lycéens, écoliers (même très jeunes) les portent, les étudiants sont en costume noir ou en vêtements traditionnels le jour de la rentrée, il en existe même des magasins spécialisés.

Mais aussi et surtout, c'est l'uniformité et l'homogénéité supposée de leur société, fortement revendiquée par de nombreux Japonais, qui m'a frappée, en regard de ce que moi je percevais comme indices de mélanges ou de ce que Katô Shûichi  a appelé « l'hybridité de la culture japonaise ».


Cette expérience m'a beaucoup appris, beaucoup fait réfléchir, sur la perception de la diversité et la construction de la différence ainsi que sur les phénomènes d'appropriation linguistique (j'ai suivi un cours de japonais langue étrangère et observé différents cours de français) et de rencontres interculturelles ; elle m'a aussi plongée concrètement, et pour une durée relativement longue, dans la peau d'une illettrée... on a beau avoir lu Jack Goody, Jean Marie Besse  ou Bernard Lahire, cela ne relève pas de la même démarche que d'être contrainte de développer concrètement, au quotidien, des stratégies de compensation et de contournement devant un plan de métro ou un rayon de supermarché, de se sentir immergée dans un Empire des signes dont le sens (l'essence ?) reste souvent insaisissable...

Toutes ces réflexions, que je ne peux pas détailler ici, contribueront sans nul doute à alimenter certains de mes écrits futurs.

Une jeune fille, lors d'une de mes conférences dans une université, m'a demandé quelle image j'avais du Japon avant d'y venir. Je lui ai répondu qu'il était un peu difficile de répondre à cette question rétrospectivement, mais que je me le représentais sans doute comme un pays de paradoxes, entre un ancrage fort dans la tradition et des formes de modernités extrêmes, du point de vue artistique et technologique notamment.

La question qu'elle ne m'a pas posée, mais que je me suis posée ensuite, c'est ce que mon séjour de 4 mois au japon a pu changer de cette image. Sur le fond, pas grand chose, je pense toujours que le Japon est, comme beaucoup d'autres, un pays de paradoxes, la nuance que j'y apporterai maintenant est qu'il ne se reconnaît pas, ou très peu, comme tel.

Ce qui m'a aussi marquée au Japon, c'est la sensation d'une extrême difficulté à penser un certain nombre de relations, autrement que de manière excessivement binaire : entre les hommes et les femmes, les Japonais et les étrangers, les « Asiatiques » et les « Occidentaux », etc. Bref, une manière d'exacerber les différences, tout en évitant soigneusement de voir et les aspects communs et la diversité par delà ces catégories. Ce qu'on retrouve au cœur même de l'écriture japonaise, avec la distinction opérée par les katakana pour transcrire les mots étrangers, alors même qu'ils sont, à l'oral, fortement « japonisés ». En d'autres termes : ils doivent « se comporter » comme des mots japonais, mais quand on les regarde, on sait tout de suite qu'ils ne sont pas « vraiment » japonais.

Mais la réflexion que j'ai pu avoir en retour et qui est sans doute aussi importante, c'est que ce fonctionnement est aussi le nôtre et que, comme dans beaucoup d'autres cas, la radicalité apparente d'un élément ou d'une posture nous renvoie en retour, comme en écho, des dimensions du même ordre mais qui ne sont pas développées au même degré chez nous (le fameux « effet de loupe »).


La France et le Japon, ai-je proposé dans l'une de mes conférences en reprenant le titre d'un film de Wim Wenders, je les perçois comme « si loin, si proches », ce que l'on peut constater avec le succès de part et d'autre du Manga kami no shizuku / les gouttes de Dieu



Suite de l'article